Il n’y a pas de vie paisible, joyeuse, sans le pardon. C’est à dire, se pardonner et pardonner aux autres. Nous nous sommes tous blessés nous-mêmes, avons blessé les autres et avons été blessés par les autres. Cela fait partie de la condition humaine.

Se cramponner à la colère et au ressentiment est semblable à boire une coupe de poison en espérant que l’autre personne va mourir. Ou, comme le dit un proverbe chinois, « si vous cherchez la revanche, creusez deux tombes », car le ressentiment a le pouvoir de vous détruire.

Je peux entendre maintenant certains d’entre vous dire, « Mais, Daniela, je ne le sens pas. Même si je dis « Je pardonne », cela ne veut rien dire ». C’est normal. Le parcours du pardon débute par la décision de vouloir pardonner, de choisir de dire ces mots à haute voix même s’ils ont l’air de mots étrangers.. Au fil du temps, au fur et à mesure que vous avancez sur le chemin du pardon, les émotions suivront.

Je pense que cela me rend plus forte car cela signifie que le pardon ne dépend pas de mes émotions mais qu’il m’est toujours disponible, il ne s’agit que d’un choix. De cette façon, ma paix intérieure ne dépend de personne d’autre. Quelle liberté.

À chaque fois que nous vivons une souffrance, une blessure ou une perte, nous sommes confrontés au choix de riposter ou de pardonner. Lorsque nous cherchons les représailles ou la vengeance, cela nous apporte un court moment de répit, mais bien vite la plupart d’entre nous réalisons que répondre de cette manière et poursuivre le cycle de la violence ne nous fait pas sentir mieux après tout. Refuser le pardon nous bloque dans un état toxique de colère.

En fonction de l’offense, pardonner n’est pas facile. Cela demande un gros travail et une volonté constante. Ce n’est pas une décision d’un moment, mais plutôt un parcours. Le pardon n’est une faiblesse, cela demande de la force et du courage.

Le pardon n’est pas l’oubli, il requiert une mémoire sans peur de la blessure et un travail qui s’y applique. Pardonner n’est pas cautionner des actes blessants et saboter la justice. Et,le pardon est la seule façon pour vous de rétablir la liberté émotionnelle et la joie dans votre vie.

En avez-vous assez d’être bloqué dans un état de colère, voulez-vous voir s’il est possible pour vous d’apprendre à lâcher prise ? Dans l’affirmative, voici quelques conseils pouvant simplifier le parcours vers le pardon.

1. Restez dans le présent.

Votre histoire passée et toutes vos blessures ne font plus partie de votre réalité physique. Ne leur permettez pas de demeurer dans votre esprit, ni de contrôler vos moments présents. Vous pouvez apprendre à refuser de gaspiller votre énergie à vous concentrer sur le passé. C’est une énergie précieuse qui vous manquera ici et maintenant, là où votre vie se passe réellement. Connectez-vous aux moments présents autant que possible et restez-y.

La manière la plus facile pour moi de me connecter au présent est d’engager mes cinq sens en me demandant « Que vois-je en ce moment ?, « Qu’est-ce que je goûte maintenant ? », « Qu’est-ce que j’entends à présent ? », « Qu’est-ce que je sens en ce moment ? » et « Qu’est-ce que je touche à présent ? ».

Après m’être connecté à mes cinq sens, et afin d’approndir mon état de conscience, j’aime dire à haute voix (ou intérieurement si d’autres personnes sont présentes), « Je suis ici et c’est un moment précieux, je veux le vivre et l’apprécier complètement ». Essayez ! Cela peut aussi marcher pour vous.

Si votre esprit veut revenir à l’offense passée, rappelez à votre cerveau que « En ce moment je suis ici, et sans pensée du passé reliée à ce moment, ça va et je peux l’apprécier totalement ».

2. Demandez-vous, « Ai-je fait la même chose ? »

Si vous êtes un peu comme moi, il est facile pour moi de voir comment les autres m’ont blessée et offensée dans le passé. Mais souvent, lorsque je choisis d’être honnête envers moi-même, je dois admettre que j’ai fait la même chose aux autres.

Par exemple, je déteste lorsque des gens me claquent la porte au nez. Mais j’ai fait la même chose lorsque j’étais fatiguée ou désinvolte. Je déteste lorsque quelqu’un est impoli. Mais je me suis montrée impolie envers d’autres personnes, particulièrement lorsque je ne me sentais pas bien moi-même.

Garder en tête mes propres offenses facilite le fait de pardonner lorsque d’autres ont la même attitude envers moi, en se rappelant que nous sommes simplement tous des êtres humains.

3. Essayez de comprendre l’histoire complète de la personne qui vous a blessé.

Infliger une douleur est toujours l’expression d’une douleur intérieure qu’une personne ressent. En règle générale, une personne qui se sent bien dans sa peau et dans sa vie est agréable et aimante. Comme l’a dit Marianne Williamson dans son ouvrage Un retour à l’amour, l’acte d’une personne est soit « une expression d’amour soit un cri de demande d’aide [parce qu’elle souffre]”.

Lorsqu’on tente de pardonner, il peut être utile de comprendre pourquoi la personne qui vous a blessé souffre tant que cela déteint sur votre vie. Comprendre l’histoire de la douleur d’une personne qui vous a blessé peut faciliter d’éprouver de la compassion pour elle et de lui pardonner.

4. Vérifiez vos histoires.

Lorsque nous nous sentons blessés, la tâche de notre cerveau est de comprendre la situation et de proposer une explication (c’est à dire une histoire). Souvenez-vous, une histoire n’est qu’une histoire jusqu’au moment où elle est confirmée.

Par exemple, si votre cerveau propose l’histoire suivante, « Elle m’a regardé puis elle s’est détournée, ce qui veut dire qu’elle ne me respecte pas », cela peut être vrai ou non. La seule façon de le savoir serait de parler à cette personne. Je suggère que vous considériez les histoires proposées par votre cerveau avec précautions.

Ma règle est que si je peux laisser passer un acte qui m’a heurtée sans éprouver de ressentiment, alors je le fais. Toutefois, si ce n’est pas le cas, je dois trouver le courage de parler à cette personne et de vérifier si mon histoire est vraie.

Mon expérience m’a appris que, le plus souvent, mes histoires étaient fausses, et que ces conversations (même j’ai peur de les initier) ont été un outil important pour oublier tout ressentiment.

5. Refusez d’être offensé.

Il est facile de trouver des occasions d’être offensé. Cela peut être à cause d’un inconnu grossier, d’être la victime d’une queue-de-poisson en conduisant, d’une insulte, d’un ricanement, d’un regard, tout sera prétexte si vous cherchez une occasion d’être offensé. Afin de mener une vie plus paisible, vous pouvez choisir de refuser d’être offensé, de laisser passer les choses et de ne rien prendre personnellement.

La façon dont les gens vous traitent et vous répondent a la plupart du temps peu ou rien à voir avec vous. À chaque fois qu’une personne vous traite de manière irrespectueuse, elle vous révèle qu’elle n’est pas bien dans sa peau. Ces gens peuvent être pressés, stressés, souffrants, avoir le cœur brisé, être solitaires, avoir furieusement envie d’un café ou simplement être distraits. Se souvenir de cela facilite d’étendre sa compassion et de laisser passer l’offense.

Comme le disait souvent ma formatrice et collègue, la doctoresse Sophie Slade, lors de ma formation à la thérapie Imago Relationship, « la manière dont les gens vous traitent a 90 % à voir avec eux, et 10 % avec vous”.

6. Présumez de bonnes intentions.

Lorsque vous vous sentez blessé par quelqu’un, présumez tout d’abord d’une bonne intention.

Ne permettez pas à votre cerveau de débuter automatiquement une histoire de blâme telle que « Je sais qu’il a fait ça exprès, il ne me supporte pas ». Au lieu de ça, calmez-vous et choisissez plutôt de présumer d’une bonne intention. Si vous voulez déclarer que vous êtes blessé, vous pouvez dire quelque chose du genre « Je suppose que tu l’as fait dans une bonne intention mais je veux juste te dire que ça m’a fait mal ». Ceci facilitera la résolution du conflit et le fait de pardonner.

7. Voyez-le comme une occasion de développement.

Lorsque la conduite des autres vous met en colère, voyez si vous pouvez le reformuler en opportunité de développement et demandez-vous comment la situation peut vous aider à grandir.

Une situation lors de laquelle vous vous sentez offensé peut par exemple vous inviter à apprendre à vous améliorer pour tenir des conversations difficiles, elle peut vous inviter à fortifier vos compétences ou à ne pas vous en faire pour des broutilles, elle peut vous inviter à apprendre à fixer de meilleures limites, à mieux vous occuper de vous même ou à abandonner une relations toxique.

Faire passer le point d’attention de la personne vous ayant offensé vers la manière dont cette situation peut vous servir à évoluer, vous fait passer d’une posture de victime à une posture de responsabilisation.

Certains d’entre nous vivront au cours de notre existence des atteintes graves et des pertes profondes et déchirantes. Si c’est votre cas, vous aurez sans doute besoin d’une aide professionnelle. Si vous vous sentez dépassé par l’idée de pardonner, que vous n’avez aucune idée de la façon de commencer ou que vous sentez simplement que cela sera impossible dans votre cas, contactez un thérapeute qui vous accompagnera sur ce parcours.

Si vous souhaitez explorer le pardon plus profondément, une excellente ressource est Le livre du pardon : quatre étapes pour transformer nos vies et le monde par Desmond Tutu et sa fille Mpho Tutu.

Il s’agit d’un livre motivant proposant des étapes et exercices concrets, vous guidant vers la possibilité de lâcher prise par rapport à l’offense qui vous garde en otage.

Références :

Un retour à l’amour par Marianne Williamson (1992)Le livre du pardon : quatre étapes pour transformer nos vies et le mondepar Desmond Tutu et Mpho Tutu (2014)

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A PROPOS DE L'AUTEUR

Mme. Daniela Beer-Becker, Psychologue

Daniela contribue régulièrement au blogue de Blake Psychologie et est l'auteure de la série "Création de bonheur".

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